Je suis heureuse. Dans quelques heures, quelques minutes, nous serons ensemble. Plus rien n'a d'importance. Mon coeur bat à cent à l'heure et j'ai cette appréhension délicieuse, cette impatience au creux du ventre. Je suis heureuse. J'imagine déjà le moment où je serai dans tes bras, à rire, à pleurer de bonheur ou a pleurer tout court, peu importe. Je serai dans tes bras. J'adapterai alors mon souffle au rythme du tien, mes yeux brilleront d'autant plus fort à travers ton regard, ta bouche écrira sur la mienne ce sourire que je porte seulement quand tu es là. Quand tu riras, ton rire se glissera dans ma gorge et résonnera haut et fort. J'aurais le regard et l'esprit embués et dans tout ce trouble, toi seul apparaîtras. Tout ça me semble loin, mais je sais au fond que c'est proche. Cette attente me cripse et en même temps, je l'adore. Tout près, tu es tout près. Seuls quelques mètres nous séparent. Et regarde ! le train ralentit, puis s'arrête. Les portes s'ouvrent, les passagers descendent. Je te cherche des yeux, tu espères mon regard et le trouves. Je souris. Bêtement. Innocemment. Les gens se demandent sans doute pourquoi et doivent me prendre pour une folle, mais s'ils savaient combien je m'en moque. Je ris presque, sans raison. Je suis heureuse, je n'ai pas besoin de l'expliquer. Tu poses le pied sur le quai. Et si je me cachais, que j'arrivais derrière toi en faisant "Coucou ! Qui c'est ?'. Sans m'en rendre compte, je suis déjà dans tes bras. J'y suis depuis toujours. Les secondes, les minutes, les heures peuvent passer, je resterais comme ça éternellement. Tu me regardes de cette façon qui me fait fondre, m'embrasse doucement, sur les lèvres, sur le front. Je veux te dire que je t'aime, mais j'attends. Nous avons tout le temps, à présent.